Il y a à peine deux semaines, le Real Madrid ressemblait à un puzzle dont les pièces étaient éparpillées un peu partout. Aujourd’hui, Alvaro Arbeloa a mis les pièces en place. Tout a cliqué. L'Espagnol est arrivé avec la leçon apprise et connaissant chaque recoin de la maison. En quelques jours, il a réalisé quelque chose qui semblait utopique : que Madrid ressemble à nouveau à une équipe capable de tout. La première chose qui ressort est la plus essentielle et, paradoxalement, la plus difficile à fabriquer : cette équipe a retrouvé son âme. Là où autrefois il y avait des egos dispersés, aujourd’hui l’unité prévaut ; là où flottait autrefois la léthargie, aujourd’hui la camaraderie prévaut. Le vestiaire a serré les rangs avec deux objectifs marqués au calendrier : la Liga et la Ligue des Champions. Arbeloa a réussi à transformer la crise en catalyseur, et cette force de groupe se ressent dans chaque entraînement, dans chaque célébration et dans chaque geste de complicité entre des joueurs qui se sentent à nouveau partie de quelque chose de plus grand qu'eux. Car si le sélectionneur a révolutionné quelque chose, c'est bien sa façon de gérer les poids lourds. Vinicius, ce leader réservé qui avait besoin de se sentir important, a opéré un virage à 180 degrés : plus de confiance, plus de liberté et plus de visibilité. Il faut le chercher, répète Arbeloa, conscient qu'un grand Madrid dépend inévitablement d'une grande version du Brésilien. Ensuite, il y a Fede Valverde, ce couteau suisse qui continue de travailler pour l'équipe depuis le poste d'arrière droit, mais qui est désormais autorisé à explorer les espaces intérieurs, à entrer au milieu de terrain et à entrer dans la surface. Cela s'est vu contre Monaco et s'est confirmé contre Villarreal. Arbeloa veut des arrières latéraux qui vivent à l'intérieur, qui brisent les lignes et qui sont plus que de simples surveillants des flancs. Cette transformation se traduit par quelque chose de tangible sur le terrain : les matchs suivent un schéma reconnaissable. Madrid est plus linéaire, ils ne souffrent pas de ces déconnexions chaotiques qui les rendaient vulnérables, ils sont équilibrés comme ils ne l'ont pas été depuis longtemps. Contre Levante, ils ont dominé avec aplomb, contre Monaco ils ont été effrénés et contre Villarreal ils ont su éviter de trop souffrir sans rester les bras croisés, gardant toujours la porte ouverte pour un autre but. C’est une équipe qui ne saigne pas à mort dans les transitions défensives et qui ne perd pas sa forme lorsqu’elle perd le ballon. En fait, ils font pression avec plus de détermination. La conséquence la plus évidente de ce nouvel ordre est la libération de Thibaut Courtois. Le Belge enfilait sa cape de super-héros match après match, sauvant par des parades ce que la défense cachait avec insouciance. Désormais, il est moins exigeant, plus calme sous les poteaux. Il n'a concédé que contre Monaco, et à cause d'une erreur de Ceballos dans le ballon qui n'a pas eu grand-chose à voir avec son travail louable. Le géant d'Arbeloa respire parce qu'il y a plus de gens engagés et son Madrid génère moins d'occasions. Et dans ce nouvel écosystème, des acteurs qui semblaient dépérir ont prospéré. Franco Mastantuono, qui est désormais un piranha sans ballon, mordant dans tous les espaces ; Arda Guler, entré en jeu et qui a retrouvé son calme et ses qualités au milieu de terrain - il a besoin de s'améliorer physiquement, mais Madrid a besoin de son jugement - et Jude Bellingham, qui brille plus dans le sale boulot que dans le côté offensif, devenant ce muscle infatigable dont Arbeloa a besoin. Il n’a cependant pas oublié de marquer des buts, comme on l’a vu en Ligue des Champions. Arbeloa a réparé ce fusible qui a laissé le Madridismo dans le noir. Malgré la défaite en Copa del Rey contre Albacete - avec un seul entraînement à son actif - il a maintenu la ligne de résultats qui permet à son équipe d'être parmi les huit meilleures d'Europe et à la portée du Barça en Liga. Ce n’est pas une mince affaire pour quelqu’un sans expérience au niveau élite qui entraînait le Castilla il y a 15 jours. C’est un symptôme que les problèmes n’ont pas toujours besoin de messies. Parfois, un Spartan suffit.